Si je dis Erasmus on me répond Auberge espagnole, Cédric Klapisch. L'auberge espagnole, c'est le pis-aller pour l'Erasmus qui n'a pas trouvé la colocation de ses rêves, autrement dit avec des allemands, qui parlent allemand.
La colocation, c'est tout un mythe. Vivre pendant un an dans un appart de rêves avec des gens qu'on adore et qui nous adorent, des fêtes à gogo, un plan de ménage fonctionnel, et pas de problème d'argent.
Sûr, les logements en eux-mêmes sont tous plus beaux et grands les uns que les autres. Quelque soit le quartier où habitent mes amis Erasmus ou moi, ce sont les mêmes hauteurs de plafond, même moulures, même poignées dorées et décorées, mêmes enchevêtrements de cours, ainsi que le mêmes prix dérisoires comparé à Paris ...
Mais le mythe s'arrête là.
Les colocations, visitées ou habitées, ont chacune un petit truc, qui fait que, non, décidément, on a pas encore mis le pied dans le mythe.
Il y a celle où l'on se retrouve nez à nez avec des colocs dans leur tenue d'Adam au sortir de la salle de bain, celle où l'on vous fait la tête parce que vous hébergez un ami pour la nuit, celle que l'on quitte parce que l'on ne peut plus voir ses colocs en peinture, celle que l'on visite mais que l'on ne prend pas parce que l'on a eu la bonne idée de vous la faire visiter fenêtre de la chambre ouverte _ manque de bol, elle est située sur la Karl-Marx Allée_ vous me direz, où est le problème avec une allée ? oui mais la conception des allemands de "l'allée" est bien différente de la petite allée fleurie de l'île de Ré, et se rapprocherait plutôt de la rue de Rivoli_ , celle où l'on n'accepte que des filles qui portent des bottes et des manteaux de cuir, celle où l'on ne postule même pas, car, de toutes façons, il y a écrit dans le résumé "NO ERASMUS PLEASE", celle qu'on ne va pas raconter ici parce qu'il ne faudrait pas effrayer papa-maman, celle qui est si propre que vous ne trouvez pas le grain de poussière à éliminer, mais qu’il faut quand même trouver parce que c’est votre tour de nettoyer, même que c’est écrit en gros sur le tableau sur le frigo, celle où vos colocs se lèvent à peu près l'heure où vous couchez, et vice-versa, celle où, vous avez beau vous concentrer, non, décidément, vous ne comprendrez jamais cet accent bavarois, celle où, enfin, vous obtenez votre petit cocon douillet et votre repos si mérité après toute cette recherche, pour pouvoir enfin vous poser devant votre ordinateur et raconter dans un article, toutes ces colocs, parce que finalement, c'est assez drôle, ça vous permet à chaque fois de rencontrer des gens nouveaux, des quartiers nouveaux, de découvrir de nouvelles mœurs, toujours plus étranges.
On remet alors ses cartes postales sur le mur, on tape un nouveau mot de passe WIFI pour accéder à internet, on réapprend dans quelles rames des métros monter pour être plus proche de la sortie (je connaîtrai bientôt mieux le métro berlinois que le rennais), on retrouve un café sympathique, un endroit où manger les jours de paresse, et ça y est, c'est reparti pour un tour, avant de recommencer à chercher, parce que la chambre n'est libre que pour un temps limité.
(article publié dans le journal de l'école, Décloîtrés)
La colocation, c'est tout un mythe. Vivre pendant un an dans un appart de rêves avec des gens qu'on adore et qui nous adorent, des fêtes à gogo, un plan de ménage fonctionnel, et pas de problème d'argent.
Sûr, les logements en eux-mêmes sont tous plus beaux et grands les uns que les autres. Quelque soit le quartier où habitent mes amis Erasmus ou moi, ce sont les mêmes hauteurs de plafond, même moulures, même poignées dorées et décorées, mêmes enchevêtrements de cours, ainsi que le mêmes prix dérisoires comparé à Paris ...
Mais le mythe s'arrête là.
Les colocations, visitées ou habitées, ont chacune un petit truc, qui fait que, non, décidément, on a pas encore mis le pied dans le mythe.
Il y a celle où l'on se retrouve nez à nez avec des colocs dans leur tenue d'Adam au sortir de la salle de bain, celle où l'on vous fait la tête parce que vous hébergez un ami pour la nuit, celle que l'on quitte parce que l'on ne peut plus voir ses colocs en peinture, celle que l'on visite mais que l'on ne prend pas parce que l'on a eu la bonne idée de vous la faire visiter fenêtre de la chambre ouverte _ manque de bol, elle est située sur la Karl-Marx Allée_ vous me direz, où est le problème avec une allée ? oui mais la conception des allemands de "l'allée" est bien différente de la petite allée fleurie de l'île de Ré, et se rapprocherait plutôt de la rue de Rivoli_ , celle où l'on n'accepte que des filles qui portent des bottes et des manteaux de cuir, celle où l'on ne postule même pas, car, de toutes façons, il y a écrit dans le résumé "NO ERASMUS PLEASE", celle qu'on ne va pas raconter ici parce qu'il ne faudrait pas effrayer papa-maman, celle qui est si propre que vous ne trouvez pas le grain de poussière à éliminer, mais qu’il faut quand même trouver parce que c’est votre tour de nettoyer, même que c’est écrit en gros sur le tableau sur le frigo, celle où vos colocs se lèvent à peu près l'heure où vous couchez, et vice-versa, celle où, vous avez beau vous concentrer, non, décidément, vous ne comprendrez jamais cet accent bavarois, celle où, enfin, vous obtenez votre petit cocon douillet et votre repos si mérité après toute cette recherche, pour pouvoir enfin vous poser devant votre ordinateur et raconter dans un article, toutes ces colocs, parce que finalement, c'est assez drôle, ça vous permet à chaque fois de rencontrer des gens nouveaux, des quartiers nouveaux, de découvrir de nouvelles mœurs, toujours plus étranges.
On remet alors ses cartes postales sur le mur, on tape un nouveau mot de passe WIFI pour accéder à internet, on réapprend dans quelles rames des métros monter pour être plus proche de la sortie (je connaîtrai bientôt mieux le métro berlinois que le rennais), on retrouve un café sympathique, un endroit où manger les jours de paresse, et ça y est, c'est reparti pour un tour, avant de recommencer à chercher, parce que la chambre n'est libre que pour un temps limité.
(article publié dans le journal de l'école, Décloîtrés)
