Les "forçats de l'éducation", c'est le titre du reportage qu'Envoyé spécial a consacré au système éducatif coréen, et que vous pouvez revoir en suivant ce lien. "Forçat", le terme n'est pas faible, et la conclusion est tout aussi impitoyable : "la Corée [est] malade de son éducation". C'est un peu l'hôpital qui se moque de la charité, mais à part ces termes mal choisis, et une introduction (les enfants dans des camps militaires) qui tient surtout de l'anecdote, la famille suivie dans le reste du reportage est tout à fait représentative (même s'il y a évidemment toujours des exceptions).
Car en effet, les mères sont dévouées à l'éducation de leur enfant, et arrêtent souvent de travailler pour y consacrer tout leur temps. L'éducation d'un enfant coûte extrêmement cher, car rares sont ceux qui se passent de cours privés (la famille du reportage dépensait 3500€ par mois en cours privés pour leurs deux filles), et c'est une des raisons pour lesquelles les Coréens font peu d'enfants : ça coûte trop cher (la Corée est classée 215e sur 222 pays pour son taux de natalité par le CIA World Factbook !). Les journées sont longues pour les élèves, en moyenne selon le reportage 15h d'étude par jour (à nuancer par le temps passé à dormir en classe ^o^). Des amis qui donnaient des cours particuliers de français retrouvaient leurs élèves à 23h pour une heure de cours. Et oui c'est vrai. Comme le disait le père de la famille, la société coréenne est extrêmement compétitive, et même si les parents ne souhaitent pas que leurs enfants travaillent autant, ils pensent également que c'est la seule possibilité pour leur garantir un bon avenir. C'est une sorte de cercle vicieux, et les tentatives du gouvernement pour réglementer les cours privés (hagwons, qui semblent d'ailleurs principalement tournés vers l'enseignement de l'anglais, et qui permettent à bon nombre d'anglo-saxons sans la moindre qualification autre que celle d'avoir l'anglais comme langue maternelle de passer un an ou deux en Corée aux frais de la princesse ou presque) se sont soldées par des échecs. Évidemment, 100 % des enfants ne suivent pas ce modèle, tous n'ont pas les moyens. D'ailleurs, en 2010, l'élève ayant obtenu le plus haut score au test d'entrée à l'université (pas de bac en Corée, mais un genre de concours dont le résultat détermine à quelle université vous pouvez postuler - un peu comme le concours de la première année de médecine en France) était une fille qui n'avait jamais suivi de cours particuliers dans les "hagwons", et ça n'avait pas manqué de faire grand bruit.
Au delà de ces faits, réels, le reportage manque un petit peu de recul en ne cherchant pas les causes d'un tel phénomène. Le journaliste semble surtout chercher à faire dire aux enfants que leur vie est trop dure - et là surprise, une élève de collège, à qui a été présenté le modèle français, annonce préférer le système coréen, car "apprendre est mieux que jouer". Non, nous ne sommes pas face à un lavage de cerveau ! :-) Cette "étrange" vision du monde trouve son origine dans l'influence ancienne de la pensée confucianiste en Corée : pour Confucius l'éducation est essentielle, car elle "joue un rôle fondamental dans le développement de la société tout comme dans la formation de l'individu" (source : Encyclopédie de l'Agora). L'éducation selon Confucius constitue l'individu, elle est tournée vers l'intérieur et pas vers l'extérieur : elle n'a pas pour but de comprendre le monde. The Korean du blog Ask A Korean explique dans un article (en anglais) que ce rôle primordial de façonnement de l'être signifie qu'on ne cherche pas à acquérir des compétences "comme on ajouterait des options à une voiture", par conséquent on ne se demande jamais, dans cette optique, "mais à quoi ça sert que j'apprenne ça (au hasard le calcul différentiel, ou encore la physique du magnétisme), ça ne me servira jamais !". Étudier est un but en soi et pour soi (ne soyons pas bassement matérialiste ;-).
On comprend bien par conséquent que la philosophie de l'éducation est complètement différente - c'est d'ailleurs ce qui est fascinant si vous voulez mon avis (^_^). On peut en critiquer les excès, mais on passe à côté du problème si on ne cherche pas à approfondir (un petit peu) le sujet - et "vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage" ~~
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| Confucius a dit |

J'ai une copine qui a regardé ce reportage. Elle est maman de deux enfants (6 et 3 ans), et elle ne se voit pas donner une telle éducation à ses enfants.
RépondreSupprimerMoi même maman, je constate que l'école française robotise dès l'école maternelle, qui n'est pas obligatoire rappelons-le, nos enfants. C'est une véritable compétition latente qui se joue. C'est là le véritable pb de l'éducation à la française. Sous prétexte de ne pas stresser ns chères petites têtes blondes, l'évaluation passe par des lettres (acquis, non acquis) au lieu des bonnes vieilles notes. Mon fils, qui est en CP, a vu 6 de ses camarades de maternelle intégrés la classe de CE1. Je ne vous raconte pas les commentaires de certaines mamans... lors de la réunion de rentrée. En France, quand on observe les jeunes collégiens et lycéens, je ne trouve pas qu'ils soient très assidus au travail. Ils sont plutôt paresseux dès la maternelle pour certains. "J'ai pas envie."
Quelque soit le système scolaire, il y aura toujours des contents et des mécontents. Pour les Coréens, ce système fait partie de leur culture et de leur mode de fonctionnement.
Enfin ce reportage a peut-être rassuré certains parents, mais pas moi en ce qui concerne le système éducatif français qui s'étiole voire s'auto détruit.
Zz